Friches naturelles, zygènes, empuses et mantes méditerranéennes.

La déprise agricole peut avoir quelques effets collatéraux bénéfiques, comme l'apparition de friches, ces milieux transitoires très riches en insectes et visités par certains oiseaux.

Dans les friches de notre région, on peut observer plusieurs orthoptères (criquets, sauterelles), divers papillons se succédant en fonction de la période, comme ces superbes papillons « de nuit » qui volent de jour que l'on appelle les zygènes.

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Accouplement de zygènes occitanes (Zygaena occitanica)   /   Ascalaphe ambré (Libelloides longicornis)

©GermainPoignant

On peut y observer, au printemps, des insectes prédateurs volants de l'ordre de névroptères (tout comme les fourmilions) : les ascalaphes. Se succèdent souvent, dans notre région, deux espèces principales: l'ascalaphe soufré (Libelloides coccajus) en avril-mai, puis l'ascalaphe ambré (Libelloides longicornis). Mais on peut éventuellement observer d'autres espèces, plus rares.

Dans les friches se trouvent aussi, parfois, des empuses pennées (Empusa pennata).
Ce sont des insectes prédateurs équipés de longues pattes ravisseuses, du sous-ordre Mantodea (comme les mantes, qui font cependant partie d'une autre famille) .
Les minusules larves sortent de l'oothèque (réserve d'oeufs fibreuse accrochée à un support, bois pierre le plus souvent) en fin d'été.
L'espèce passe l'hiver sous la forme du juvénile qu'on surnomme « diablotin de Provence » en raison dess espèces de cornes qui surmontent sa tête, et de son abdomen recourbé qui lui donnent une allure très originale.
Au printemps, seule une partie des « diablotins » a survécu.
Ceux-ci se métamorphosent en superbes adultes.
Les mâles sont les plus beaux. Ils ont de superbes et longues antennes. Ils sont capables de voler pour rechercher des femelles.
Les femelles, un peu plus fréquentes que les mâles, ont une allure moins spectaculaire, avec de moins longues antennes et une sorte de « bonnet » au sommet de la tête.
Elles ne volent pas.
Les empuses adultes disparaissent en général, dans notre région, en juin.

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Empuse pennée juvénile ou diablotin de Provence (Empusa pennata) / Empuse pennée mâle ©GermainPoignant

En juillet et août, on peut observer une toute petite mante, plus petite que la commune Mantis religiosa : c'est la mante décolorée (Ameles decolor).
Cette petite mante est une espèce méditerranéenne, qui trouve dans la Drôme la limite nord de son aire de répartition. Elle est très vive et saute à terre, en se déplaçant assez rapidement.

Le mâle adulte possède de plus longues antennes que la femelle, et est capable de voler. La femelle ne vole pas.

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Mante décolorée adulte mâle (Ameles decolor)   /   Phasme sur badasse ©GermainPoignant

 

En juin et juillet, on peut observer une autre espèce méditerranéenne : le phasme Pijnackeria masetti. Ce phasme était autrefois nommé « phasme espagnol » et avait pour nom scientifique Leptynia hispanica jusqu'à ce que la biologie moléculaire détermine plusieurs espèces dans ce taxon.

Le phasme Pijnackeria masetti se nourrit de badasse (Lotus dorycnium), une plante qui affectionne les milieux ouverts non « entretenus » par l'homme.
Il se dissimule très bien dans la plante grâce à un mimétisme très réussi.
Pour le voir, il faut

- avoir un terrain sec et ensoleillé
- laisser un endroit en friche et laisser pousser ou planter des badasses à cet endroit, puis être patient.
La présence de badasse sera d'ailleurs très bénéfique à la biodiversité, car cette plante sert aussi de plante-hôte à un grand nombre de chenilles (papillons de jour, zygènes..).

On peut aussi se rendre sur des sites où pousse la badasse naturellement.
Inutile de chercher à repérer le phasme en plein jour. Comme tous les phasmes, Pijnackeria masetti a des mœurs plutôt nocturnes.

Par contre, au soleil couchant, on peut commencer à prospecter les badasses. Il faut avoir l'oeil, et surtout ne pas chahuter la plante ni l'insecte, car celui-ci est fragile.
J'ai découvert par hasard cette espèce en pratiquant de la photographie nature il y a quelques années : personne ne m'en avait jamais parlé, et l'expérience m'a prouvé qu'elle était quasiment inconnue.