XYLELLA FASTIDIOSA - la nouvelle bactérie tueuse : (un article des échos).



Importée du Costa Rica, la bactérie tueuse Xylella continue à se propager à une vitesse exponentielle dans le Salento, l’une des principales régions oléicoles d’Italie.


L’Europe impuissante, le tourisme menacé, la recherche découragée : tous les facteurs sont réunis pour qu’éclate une bombe écologique aux origines mystérieuses.


L’homme qui a officiellement identifié la bactérie tueuse, dès octobre 2013, est formel : « Il  n’y a pas de traitement existant à la Xylella, à la différence de la maladie de la mouche ou de la lèpre des oliviers. » Tout juste des mesures de prophylaxie aléatoires pour en limiter la diffusion exponentielle.


 « Désormais, l’abattage des arbres n’a plus de sens au sud de Lecce, vu l’étendue du territoire infecté », estime le patron du laboratoire du CNR. Ce dernier a identifié 18 espèces provisoirement touchées, parmi lesquelles le laurier-rose, le romarin ou l’asparagus et 312 souches et sous-espèces susceptibles d’être contaminées.


Mais c’est l’olivier, le « roi des Pouilles », couvrant 55 % du territoire du Salento, qui est le plus sévèrement touché…


L’article complet est reproduit ci-après:


 OLIVIER – L’EUROPE IMPUISSANTE SOUS LA MENACE D’UNE BOMBE ECOLOGIQUE

Importée du Costa Rica, la bactérie tueuse Xylella continue à se propager à une vitesse exponentielle dans le Salento, l’une des principales régions oléicoles d’Italie.

L’Europe impuissante, le tourisme menacé, la recherche découragée : tous les facteurs sont réunis pour qu’éclate une bombe écologique aux origines mystérieuses.

La Vespa file à la vitesse de l’éclair sur la piste de terre brune. Puis, tout d’un coup, au détour d’un chemin, surgit le « géant de Felline ». Douze mètres de circonférence à la base et dix mètres de hauteur. Vieux de 1.500 ans, l’arbre monumental projette son ombre tel un pachyderme assoupi. Au sommet, on devine quelques rameaux secs rabougris qui ont perdu leurs reflets. « La nouvelle est donc arrivée jusqu’à vous ? » murmure l’agent de police, Francesco Manfreda, qui a interrompu sa sieste pour nous guider. « Le géant est touché. » Comme tant d’autres oliviers de la province de Lecce (1 million, selon les chercheurs de la région), le géant de Felline, sur la commune d’Alliste, fait partie des sujets contaminés par la Xylella, la bactérie tueuse importée du Costa Rica. Le talon de la botte est infecté : l’Italie et l’Europe entière tremblent pour leur « or vert ».

« On peut parler d’une épidémie, sinon d’une pandémie », confie Donato Boscia en faisant courir son doigt sur la cartographie des foyers infectieux au siège du CRN (Consiglio Nazionale delle Ricerche) de Bari. L’homme qui a officiellement identifié la bactérie tueuse, dès octobre 2013, est formel : « Il n’y a pas de traitement existant à la Xylella, à la différence de la maladie de la mouche ou de la lèpre des oliviers. » Tout juste des mesures de prophylaxie aléatoires pour en limiter la diffusion exponentielle. « Désormais, l’abattage des arbres n’a plus de sens au sud de Lecce, vu l’étendue du territoire infecté », estime le patron du laboratoire du CNR. Ce dernier a identifié 18 espèces provisoirement touchées, parmi lesquelles le laurier-rose, le romarin ou l’asparagus et 312 souches et sous-espèces susceptibles d’être contaminées. Mais c’est l’olivier, le « roi des Pouilles », couvrant 55 % du territoire du Salento, qui est le plus sévèrement touché.

« Catastrophe écologique »

Entre Gallipoli et Taviano, la petite ville voisine où la moitié des maisons sont à vendre pour cause de récession, la route serpente entre des champs dévastés. Comme frappés par une foudre invisible, les oliviers se sont transformés en moignons rabougris, pitoyables squelettes fichés dans la terre rouge craquelée. « Nous sommes devant une vraie catastrophe écologique. L’Europe n’y peut rien : la maladie va sûrement gagner la Toscane », soupire Sandro Portaccio, soixante-douze ans, en s’épongeant le front. Attablé sur la terrasse du Lido Pizzo, une des plus belles plages d’Italie, cet ancien conseiller du ministre de l’Agriculture, ami de Massimo D’Alema, ne cache pas son pessimisme. Il y voit la rançon des incohérences de la PAC (politique agricole commune) où l’agriculteur touche ses subventions sans incitation à prendre soin de son terrain. Que va devenir le camping de son cousin sans l’ombre de ses 3.000 oliviers, s’inquiète ce propriétaire d’une des « Masseria » les plus recherchées de la région de Gallipoli ?

Le responsable de ce désastre : une « bactérie à quarantaine », la Xylella fastidiosa, transportée par un minuscule insecte présent sur plus de 90 % des oliviers souffrant du complexe du dessèchement rapide (CoDiRo). La bactérie a trouvé un « vecteur formidable » avec cet insecte polyphage baptisé « Philaenus spumarius » qui transmet le « venin ». Un cocktail explosif dans un climat quasi subtropical similaire à celui du Costa Rica, dans une zone de monoculture. Pis : cet insecte suceur d’un demi-centimètre – dont la durée de vie ne dépasse pas un an – peut entrer dans les voitures pour voyager. La présence de foyers isolés, le long des autoroutes entre Gallipoli et Brindisi, serait liée à

ce mode de transport involontaire. Les experts du CNR estiment désormais à 1 million le nombre d’arbres infectés sur un total de 11 millions d’oliviers répartis sur les 95.000 hectares de terrains cultivés du Salento. « Je pense que c’est un chiffre sous-estimé : c’est ma sensation personnelle », confie néanmoins Donato Boscia. Difficile de ne pas dramatiser l’impact de l’épidémie sur un territoire, où règne la monoculture et chaque famille détient en moyenne une cinquantaine d’oliviers. Conséquence du morcellement des exploitations : on compte environ 150.000 propriétaires et 10.000 entreprises inscrites à la chambre de commerce. Selon Donato Boscia, on connaît deux précédents inquiétants d’épidémies de Xylella : en Californie, dans la baie de Los Angeles, où les vignes ont été ravagées par une bactérie similaire depuis 130 ans. « Au sud de la baie de Los Angeles, on ne peut plus pratiquer de viticulture. » Et plus récemment, au Brésil, une bactérie proche de la Xylella (Pauca) a touché les agrumes depuis une trentaine d’années.

Pas de remède identifié

Exigé par Bruxelles, l’abattage des arbres infectés se heurte à de nombreuses résistances. « Si ton grand-père est atteint d’une tumeur, tu ne lui coupes pas la tête ; au pire, tu le mets dans une chambre à part », explique Pantaleo Piccinno, le président de la fédération provinciale de Coldiretti (l’association des producteurs agricoles), un gros propriétaire du nord de Lecce dont l’exploitation est encore épargnée. Les associations environnementales sont vent debout face aux mesures d’éradication ou de traitement aux pesticides préconisées par Bruxelles. A la mi-avril, les écolos sont grimpés dans les arbres pour tenter de s’opposer à l’abattage des oliviers, à Oria, près de Brindisi, l’un des foyers les plus sensibles, à proximité de la zone tampon imposée par la Commission européenne. Au nom du principe de précaution, Bruxelles a ordonné la destruction de toutes les plantes dans un rayon de 100 mètres autour des arbres contaminés. Mais un recours introduit par une vingtaine de pépiniéristes, au bord de la faillite, devant le tribunal administratif du Latium, début mai, a bloqué la mise en oeuvre du plan d’éradication mis au point par le Commissaire spécial à la Xylella, Giuseppe Silletti. « L’Union européenne devrait redescendre sur terre. L’éradication est une opération complexe. Cent mètres sur le terrain, c’est une énormité ! » s’insurge Pantaleo Piccinno, président de Coldiretti Lecce et vice-président d’Unaprol (la plus grande association de cultivateurs d’oliviers).

« En réalité, l’Union européenne est une des principales responsables de cette catastrophe. Il aurait fallu un régime européen de contrôle plus efficace sur les importations de plantes », confie Giuseppe Silletti, commandant du corps forestier de la région des Pouilles, à Bari. Nommé en février par le gouvernement Renzi face à l’ « urgence nationale », il cite l’exemple de plantes de café contaminées par la Xylella interceptées en avril sur le marché de Rungis, à Paris. Ce fonctionnaire zélé est chargé de piloter les mesures d’éradication et de recours aux insecticides. Mais ses pouvoirs sont sapés par les recours et les résistances sur le terrain. Il va devoir réviser son plan initial en fonction de la nouvelle décision européenne adoptée début mai. « Nous avons déjà dressé une quarantaine de procès-verbaux aux cultivateurs qui n’ont pas appliqué les mesures. Le labourage des terrains est fondamental : on peut réduire le vecteur de 80 %. Si nous avons le feu vert, nous ordonnerons d’abattre les arbres », assure Giuseppe Silletti.

L’ombre de Monsanto ?

Jusqu’ici, les prix de l’huile d’olive ont doublé en un an en raison de la chute des volumes. « La majorité des cultivateurs sont prêts à sacrifier quelques arbres pour sauver leurs exploitations, mais l’Union européenne nous interdit de replanter des oliviers », regrette Gianni Cantele, président de Coldiretti pour la région des Pouilles. Pour Pantaleo Piccinno, qui exploite 160 hectares d’oliviers « en culture biologique » depuis vingt ans, le destin du Salento est de se transformer en « laboratoire à ciel ouvert » pour la recherche agronomique. Coldiretti a organisé un « cluster » pour promouvoir l’usage des

nanotechnologies déjà employées dans la lutte contre les tumeurs. « Si les Américains n’ont pas réussi à combattre la bactérie, il faut explorer d’autres voies. Mais nous avons besoin de ressources : il faut que l’Union européenne investisse dans la recherche. »

« Ne nous leurrons pas : toute cette affaire est un coup monté de Monsanto », lance Giuseppe, assis dans la cour de son B & B à Gallipoli. L’idée que la multinationale des OGM puisse utiliser la Xylella comme « cheval de Troie » afin de commercialiser ses propres souches résistantes à la bactérie a pris racine dans l’opinion locale. Un article en ce sens est même paru, dès mai 2014, dans le « Tacco d’Italia » (le talon de l’Italie), un journal local d’investigation. On cherche volontiers un coupable extérieur au pays de la conspiration. « C’est de la pure science-fiction : la législation européenne interdit la culture de semences transgéniques », balaie de la main Donato Boscia. « Chacun son métier : laissons la justice enquêter », rétorque, plus prudent, le commissaire Silletti. Pour l’heure, le parquet de Lecce a ouvert une enquête sur l’introduction de germes pathogènes lors d’un séminaire scientifique, qui s’est tenu en 2010 sous l’égide de l’Istituto Agronomico Mediterraneo (IAM), à Bari. Chargée de l’enquête, la procureure Elsa Valeria Mignone, dénonce un « énorme retard dans l’enraiement de l’épidémie ».

Encore plus troublant : un récent rapport officiel sur les « agromafias », publié en janvier 2015 par l’institut Eurispes et l’Observatoire sur la criminalité dans l’agriculture et la filière agroalimentaire, jette un doute sur l’origine exacte du dépérissement des oliviers. Il laisse entendre que le CoDiRo pourrait être lié à l’usage de pesticides, en particulier le Roundup (contenant des glyphosates et des fongicides). Le président d’Eurispes, Gian Maria Fara, a même évoqué la piste d’une « guerre chimique ou bactériologique » au profit de la spéculation immobilière dans une des régions les plus recherchées de la péninsule. Le rapport note que les zones les plus touchées par le dépérissement (Gallipoli, Racale, Taviano, Alliste, Parabita…) sont aussi les plus convoitées par les constructeurs et les promoteurs de structures hôtelières.

Le 6 avril, la France a décidé unilatéralement d’interdire l’importation de 102 espèces végétales – dont les oliviers – en provenance de la région des Pouilles. Le député européen José Bové redoute que la Corse puisse être touchée par la Xylella. Après avoir vainement exhorté les autorités italiennes à accélérer l’abattage, le commissaire européen à la Santé et la Sécurité alimentaire, Vytenis Andriukaitis, se rendra, le 22 juin, dans les Pouilles. Mais comme sur la douloureuse question des migrants, la « logique bruxelloise » se heurte souvent de plein fouet à la complexité du terrain.

Signature : Pierre de Gasquet - LESECHOS.FR

origine : VEILLE - CURATION

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